Genèse du solidarisme de Charles Gide
Frédéric Rognon explore l’émergence du solidarisme lors de la sixième convention du Forum protestant, à Nîmes le 1ᵉʳ décembre 2018. Il rappelle que Charles Gide (1847‑1932), juriste devenu économiste, articule dès 1872 sa réflexion autour de la liberté, de l’association et de la religion, sujets dont il fera les piliers de toute son œuvre. Ce solidarisme, conçu comme « troisième voie » entre libéralisme et marxisme, repose sur une solidarité reconnue scientifiquement et historiquement, résultat de l’interdépendance croissante entre les êtres.
L’« École de Nîmes » : laboratoire coopératif
Entre 1883 et 1887, Nîmes devient un véritable incubateur d’initiatives coopératives : sous l’impulsion de Gide et de pasteurs tels que Tommy Fallot, se développent coopératives de consommation, bourses du travail et universités populaires, initiant une émancipation des plus modestes. Gide anime la revue L’Émancipation dès 1886 et organise le premier congrès coopératif à Paris en 1885, instruments concrets d’une économie sociale et participative.
Dimension morale et religieuse du projet
Rognon insiste sur la dimension chrétienne du solidarisme. Ce mouvement est intrinsèquement lié à une éthique issue du christianisme social, notamment des épîtres pauliniennes, et revendique une exigence morale forte. Gide, membre puis président du Christianisme social, affirme une intransigeance face à toute forme d’injustice, tout en rejetant le socialisme révolutionnaire.
Applications pratiques et résonance actuelle
Rognon met en lumière la portée concrète de ce solidarisme : les coopératives n’étaient pas de simples symboles, mais des organisations prenant en compte les conflits, la gestion et le rôle complémentaire de l’État. Il souligne également que Gide, invité en URSS en 1923, envisageait une coopération intégrale sans embrasser le communisme. Enfin, face aux enjeux contemporains que sont la précarité ou le vieillissement, cette tradition coopérative incarne toujours un modèle viable, conjuguant responsabilité collective et innovation sociale.