Dans cette vidéo intitulée « Les protestants et la colonisation », l’historien Jean-François Zorn analyse les liens complexes entre le protestantisme, l’abolition de l’esclavage et le projet colonial. Il explique que la colonisation fut pensée, à l’origine, comme une alternative à l’esclavage, fondée sur un double argument : moral (l’esclavage est contraire à la vision chrétienne de l’homme) et économique (le mercantilisme esclavagiste est inefficace à long terme). Les libéraux et certains socialistes utopistes ont alors soutenu l’idée d’un commerce légitime mondial, équitable, dans lequel l’Afrique et les anciennes colonies pourraient s’insérer.
La conférence de Berlin en 1884, convoquée par Bismarck et Ferry, consacre cette orientation en affirmant officiellement l’abolition de l’esclavage et l’ouverture du commerce africain. Pourtant, dans la pratique, l’exploitation persiste : travail forcé, ségrégation, et diverses formes de domination systémique. L’idée coloniale, bien que portée par des valeurs républicaines et universalistes, s’est rapidement pervertie. Les peuples colonisés, loin d’être traités en citoyens, sont restés sujets, souvent considérés comme « inférieurs » dans une logique non pas biologiquement raciste, mais évolutionniste, justifiant un « retard » à rattraper.
Zorn souligne que la colonisation n’était pas uniquement une entreprise de droite mais bien partagée par tout l’éventail politique français. Les missionnaires protestants, eux, ont parfois préparé le terrain par l’éducation et la santé, contribuant au progrès, mais ils se sont aussi compromis en devenant agents du pouvoir colonial. Cette ambiguïté est fondamentale : les missions ont été à la fois sources d’émancipation et relais de domination.
En conclusion, Zorn invite à dépasser les jugements simplistes. La colonisation a engendré des injustices graves, mais elle s’inscrit dans une histoire longue, marquée par des intentions diverses, des dérives et des résistances. L’essentiel est d’en comprendre les ruptures et contradictions pour ne pas réduire cette histoire à un seul récit idéologique.